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X. Verdi, terrassé par le destin...

jeudi 30 avril 2020, par L’équipe de l’EMGC


Chers tous, la suite de ma série sur les grands musiciens dans l’isolement.

Merci pour vos encourageants et à bientôt au hasard des échanges.

X. VERDI TERRASSE PAR LE DESTIN

La vie était belle, pour Verdi, en 1839. Sa femme Margherita était douce comme une madone, ses enfants enfants — Virginia, un an, et Icilio, qui venait de naître — beaux comme des anges. Au milieu de ce bonheur, il composait allègrement son premier opéra, « Oberto ».
Mais voilà que, soudain, le destin chavire. Virginia meurt. La mort d’un enfant ! Drame insupportable pour les parents. Qu’ont-ils fait pour mériter cela ? Il faut pourtant continuer à vivre – ne serait-ce que pour Icilio, devenu leur unique trésor.

Le travail peut-il aider Verdi à survivre ? Il se remet à composer. Par chance, son opéra sera représenté à la Scala de Milan. Fantastique opportunité pour un jeune compositeur !

Le destin aurait-il tourné ?

Non. Au contraire. Il s’acharne. Le 22 octobre, Icilio meurt à son tour d’un mal inconnu. Deux enfants décédés en quelques mois ! Insoutenable tragédie ! Les parents ne veulent plus voir personne. Supplient le monde et le destin de les oublier. En plus, ils sont criblés de dettes.

Verdi renonce à faire jouer son opéra. Mais son œuvre ne lui appartient plus. Les répétitions ont déjà commencé. Et le 17 novembre, « Oberto » remporte un considérable succès. Le directeur de la Scala lui commande aussitôt un nouvel ouvrage. Un opéra comique . Quelle dérision en ces circonstances ! Mais quand on a 26 ans, on ne peut refuser une commande de la Scala .

Alors, au milieu des larmes de Margherita et de sa propre détresse, Verdi recommence à noircir le papier à musique. Il n’y arrive pas. Sans cesse tournent dans sa tête les souvenirs des enfants disparus. Il est à nouveau endetté. Margherita met en gage ses bijoux. A quoi pourraient servir des bijoux à une mère qui a perdu ses enfants ?

Verdi peine à écrire. Il est épuisé. Un jour on le trouve effondré au dessus de son bureau. Anéanti. L’incroyable s’est produit : le 18 juin 1840, sa femme Margherita est morte à son tour, emportée par une encéphalite.

« Un troisième cercueil sort de ma maison , racontera-t-il plus tard. J’étais désormais seul… Seul… !  »

Un ami, Delmade, décrit « son chagrin qui le poussait à renoncer à tout et pour toujours. Il ne pensait qu’à se cacher dans quelque coin sombre et à terminer sa misérable existence. »
Tout s’est effondré autour de lui. Et, en plus, comme on pouvait s’y attendre, le 5 septembre 1840 son opéra « Un giorno di regno » est un échec.

Sa vie et sa carrière sont terminées.

Mais voilà que le destin – toujours lui, implacable, inattendu – met sur sa route Merelli, le directeur de la Scala.

« - Je ne composerai plus une note, lui dit Verdi en sanglotant !
- J’avais pourtant un livret pour vous... »

Merelli lui glisse entre les mains les feuilles chiffonnées d’un sujet d’opéra. Rentré chez lui, Verdi y lit : « Va, pensiero, sull’ali dorate... ». Ces lignes, il les a lues dans la Bible, évoquant le peuple juif condamné à l’esclavage. Une idée de chœur lui monte à la tête. Il entend des voix qui viennent de loin et grandissent au fur et à mesure. Ce sera le chœur de « Nabucco » - car le sujet de l’opéra est l’existence de ce cruel souverain qui, à la fin, se convertit au christianisme.

Plutôt que d’attenter à ses jours, Verdi décide de se noyer dans le travail. Il compose jour et nuit. Le 9 mars 1842, il assiste, en tenue de deuil, la tête hantée par les souvenirs des êtres qu’il a perdus, à la représentation de son opéra. C’est un triomphe. Rarement la Scala a connu un tel succès.

Sa carrière et sa vie vont reprendre. « Va pensiero… » : « Va, pensée, sur tes ailes dorées… donne nous le courage de supporter nos souffrances !

André PEYREGNE


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