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I. L’histoire de Bach en prison...

vendredi 3 avril 2020, par L’équipe de l’EMGC


3 avril, 11:06

Chers tous,

Je mets à disposition des profs d’histoire de la musique et de F.M. des récits « de circonstance » que je publie dans la Lettre du musicien sur des grands compositeurs en situation d’isolement ( prison, maladie, situations extérieures ou voulues). J’en proposerai un tous les trois jours.

Aujourd’hui : l’histoire de Bach en prison.

BACH EN PRISON A WEIMAR

Tous les ans, à Leipzig, dans les années 1730-1750, les services administratifs de la ville voyaient arriver une demande : elle concernait un remboursement de... l’impôt sur la bière, en vertu d’un décret vieux d’un siècle qui exonérait les employés des églises et des écoles. Cette demande émanait de Jean-Sébastien Bach, Cantor de Saint-Thomas – oui, le génie du choral et du contrepoint, le compositeur sublime des Passions, des cantates, de la Messe en si. Il y a pas de raison, il y avait droit, il défendait ses intérêts !

Le père Bach qui, lorsqu’il s’isolait du monde dans la pénombre de son orgue ou de son bureau, tutoyait le Ciel et dominait l’humanité, savait replonger dans la réalité des choses de la vie.

Comment en serait-il autrement avec un homme qui eut… vingt enfants ? (Sept avec Maria-Barbara, treize avec Anna-Magdalena).

Bach défendait son argent. Etait-ce par nécessité ou par goût du gain ? Il n’avait jamais été protégé par un archevêque comme Mozart, un prince comme Haydn, un roi comme Haendel, une reine comme Scarlatti. Toute sa vie, il fut livré aux caprices des petits monarques. Parfois, il leur tint tête. Cela lui a valu… de faire de la prison.

Voilà l’histoire.

Nous sommes en 1717. Bach est depuis 1708 au service du duc de Weimar. Il compose là l’essentiel de son œuvre pour orgue – dont la fameuse Toccata et fugue en ré mineur – ainsi que des cantates.

Il a 32 ans et six enfants (dont Wilhelm Friedmann et Carl Philipp Emmanuel). Il reçoit un salaire de 150 thalers. Mais il s’estime sous payé. Aussi postule-t-il au poste d’organiste de la cathédrale de Halle. Il est pris.

" - Quel sera mon salaire, demande-t-il aux autorités ?
- 170 thaler !
- A peine ? Je rentre chez moi !"

De retour à Weimar, il dit au duc qu’il vient d’être engagé à Halle.

« - Ne me quittez pas, réplique à peu près le duc ! Je vous donne 200 thaler et vous restez chez moi ! »

Ainsi Bach demeura-t-il à Weimar.

Mais voilà qu’en 1717, lors du mariage du neveu dudit duc avec la fille du prince de Köthen, ce dernier découvre avec admiration la musique de Bach.

« - Je vous engage comme Kappelmeister, lui propose-t-il !
- Impossible, j’ai promis au duc de Weimar de rester chez lui !
- Même si je double votre salaire ?
- Là, c’est différent. J’arrive ! »

L’Histoire de la musique allait réaliser là une superbe affaire. Car la cour de Köthen étant calviniste et n’ayant pas usage de musique religieuse, Bach allait se consacrer à la musique instrumentale et composer ses chefs d’œuvre que sont ses suites et ses concertos pour divers instruments. Il tempérera son caractère et même son clavecin.

Son départ ne fut pas du tout du goût du duc de Weimar. Il cria à la trahison, à la malhonnêteté, à la félonie, à la rupture de contrat. Il n’y alla pas par quatre chemins. Il fit arrêter le génie du contrepoint et... le mit en prison.

Bach fut incarcéré du 6 novembre au 2 décembre 1717. Après quoi, le duc finit par le libérer. Bach accepta sa détention avec résignation. A ce qu’on croit savoir, il ne fit aucune de tentative de fugue...

André PEYREGNE


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