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VII. Schumann à l’asile...

mardi 21 avril 2020, par L’équipe de l’EMGC


21 avril, 09:34

Chers tous,

Je poursuis ma série sur les Grands compositeurs en isolement : après Bach, Chopin, Rachmaninov, Chostakovitch, Beethoven, voici Schumann.

VII : SCHUMANN A L’ASILE

Il faisait froid, en ce 27 février 1854, à Düsseldorf. Il pleuvait, même. Dans sa maison de la Bilkerstrasse, Robert Schumann sommeillait sous la surveillance de sa fille Marie, âgée de 12 ans. Dans la pièce voisine, son épouse Clara, enceinte de son huitième enfant,recevait le docteur Hasenclever et le compositeur Albert Dietrich venus prendre de ses nouvelles. Depuis quelques jours, en effet, Schumann souffrait d’hallucinations auditives. Il prétendait avoir entendu les anges lui dicter le thème de ses ultimes « Variations des esprits ».

Pendant que Clara reçoit ses invités, Schumann se lève sans que Marie s’inquiète, ouvre doucement la porte et sort en peignoir et en pantoufles. Il traverse la ville sous la pluie et arrive sur les berges du Rhin. Ce fleuve le fascine. Il lui a consacré une œuvre trois ans plus tôt, la « Symphonie Rhénane ». Le courant, épais et noir, absorbe son regard, l’hypnotise. D’un coup, il se jette à l’eau.

Heureusement, des bateliers sont là et le sauvent.

« Une crise de démence, diagnostiquera le docteur Hasenclever ! »

Au matin du 4 mars, le médecin assisté d’un infirmier fait monter Schumann dans un fiacre et prend la route de l’asile d’Endenich, près de Bonn, à 80 kilomètres de là. Le compositeur sera interné. Il restera là jusqu’à sa mort…

Le mal dont souffrait Schumann n’était pas récent. Dès l’adolescence, il avait été sujet à des troubles nerveux. Il souffrait également d’un dédoublement de la personnalité. Deux personnages luttaient en lui : Eusebius le doux et Florestan le fougueux. Il les décrivit en musique dans son célèbre « Carnaval », composé à l’âge 24 ans.

Deux événements le poussèrent vers la folie. Le premier : la paralysie de la main, occasionnée à 20 ans par une machine mal réglée qu’il avait inventée pour accroître sa virtuosité. Le second : la séparation d’avec Clara, à l’âge de 27 ans, imposée par le père de celle-ci. Les amoureux ne purent se marier qu’au bout de quatre ans, à la suite d’un procès gagné contre le père.

En 1852, il dut démissionner de son poste de directeur de l’orchestre à Düsseldorf, étant un mauvais chef, sans autorité, sujet à des absence en pleines répétitions.

Par la fenêtre de l’asile dans lequel il a été enfermé, à Endenich, la vision de la campagne l’apaise. Dans sa chambre où il dispose d’un piano, il écrit des accompagnements pour les Caprices de Paganini, compose. (Ses œuvres seront détruites par la suite).

Il espère sortir rapidement. Vain espoir !

Loin de lui, la vie se poursuit. Clara, enceinte, accouche sans qu’il le sache.

Il lui écrit : « O si je pouvais vous revoir, vous parler encore une fois. Mais la route est si longue ! Je voudrais savoir tant de choses, comment est la vie, où vous habitez, et si tu joues aussi magnifiquement qu’autrefois… Pourrais-tu m’envoyer des poèmes de Scherenberg, quelques vieilles collections de ma Revue, mes conseils aux musiciens, du papier à musique ?... »

Clara ne viendra pas. Après son accouchement, elle dut reprendre sa vie de musicienne. Elle avait sept enfants à nourrir (un était mort en bas âge), dont un bébé et une fille de trois ans.

Schumann se sent seul. Il voyage en feuilletant un atlas.

« J’aimerais aller en Asie. Le Rhin coule-t-il en Asie ? »

Peu à peu, il perd la tête, les souvenirs s’effacent, il oublie les prénoms de ses enfants.

Parfois il devient violent. On est obligé de l’attacher.

Brahms lui rend visite :

« - Bonjour Monsieur !
- C’est moi, ton ami, Johannes !... »

Il ne l’a pas reconnu.

À partir du printemps 1856, il refuse de se nourrir. Il brûle les lettres de Clara.

Le 23 juillet, le docteur Richarz télégraphie à Clara : « Si vous voulez trouver votre mari encore vivant, venez en toute hâte. »

Elle accourt. « Il m’a souri, écrira-t-elle plus tard, et d’un grand effort m’enserra dans ses bras. Je ne donnerais pas cette étreinte pour tous les trésors du monde »

Schumann mourut le 29 juillet 1856.

« La musique est ce qui nous permet de nous entretenir avec l’au-delà », avait-il dit un jour...

André PEYREGNE


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